L'Académie canadienne du génie entreprend une étude sur l'énergie et le
changement climatique dans le cadre de son mandat qui est «d'émettre
des avis sur des sujets relevant de l'ingénierie au Canada et à l'étranger».
Un groupe de travail a été formé au mois de septembre 2000 pour définir le
rôle que l'Académie pourrait jouer dans le débat sur l'énergie et le
changement climatique. Le groupe de travail a examiné de grandes
quantités de données sur la demande énergétique actuelle et projetée,
ainsi que sur les systèmes d'approvisionnement énergétique. Les résultats
de cet examen ont été présentés aux membres de l'Académie lors de
l'assemblée générale annuelle de 2001. Le présent rapport contient
essentiellement les informations présentées à l'assemblée.
Bien que le développement d'une stratégie énergétique et durable, à long
terme, implique de nombreux aspects, la technologie ressort comme
un facteur commun. Par les vastes connaissances et l'expertise de ses
membres, l'Académie peut faire une contribution importante à l'élaboration
d'une telle stratégie en faisant un examen critique et impartial de la
demande et l’offre énergétiques.
L'examen du groupe de travail a fait ressortir les faits saillants
suivants:
•
la demande
énergétique mondiale augmentera par un facteur de 5 à 6 au cours du
prochain siècle, cette croissance provenant presque entièrement des pays
en voie de développement en raison de l'accroissement démographique et de
la croissance du PIB;
• une majorité de scientifiques conviennent que le climat est affecté
par les activités humaines depuis le début de la révolution industrielle;
•
même s'il y a
suffisamment de sources d'énergie conventionnelles (à base
d'hydrocarbures) pour satisfaire même les prévisions de demande future les
plus extrêmes, les conséquences environnementales en seraient
inacceptables;
• une attitude d'attentisme n'est pas acceptable pour évaluer les
changements climatiques définitifs et, par conséquent, pour élaborer une
stratégie qui permettra de réagir aux circonstances changeantes;
• les scénarios d'utilisation de l'énergie développés pour le Canada
et pour le monde montrent que même les scénarios les plus optimistes
impliquent des augmentations sensibles de la température moyenne de la
surface de la Terre;
• pour répondre à l'important accroissement de la demande énergétique
sans conséquences environnementales majeures, il faudra considérablement
augmenter le choix de sources d'énergie ainsi que l'efficacité de
l'utilisation de l'énergie;
• le facteur fondamental qui permettra d'accroître le choix de
sources d'énergie économiques et acceptables, ainsi que de réduire la
demande énergétique, est le développement de nouvelles technologies;
• le coût d'approvisionnement en énergie devra toujours faire
l'objet d'une considération particulière puisque certaines sources
d'énergie parmi les plus souhaitables du point de vue environnemental sont
aussi les plus coûteuses;
• une stratégie énergétique et durable, à long terme, doit
satisfaire les besoins actuels sans compromettre les besoins des
générations futures que ce soit aux plans économique, environnemental ou
social;
• les complexités inhérentes au développement de nouvelles
technologies adéquates impliquent des défis techniques immenses en
ingénierie;
• l'Académie canadienne du génie peut apporter une contribution
unique au débat et à l'élaboration d'une stratégie énergétique en faisant
une évaluation critique des technologies énergétiques émergentes et en
estimant leur potentiel à contribuer à la résolution du «problème» de
l'énergie.
Le
groupe de travail conclut que les sources d'énergie à base d'hydrocarbures
pourront satisfaire la demande énergétique qui, selon les prévisions, aura
sextuplé d'ici la fin du siècle. Le risque que l'utilisation de ces
sources entraîne des effets importants sur le climat et donc sur
l'environnement à l’échelle mondiale est toutefois trop important pour
être acceptable.
Une
stratégie énergétique et durable, à long terme, requiert un plus grand
choix de sources d'énergie et de technologies énergétiques que celles
présentement disponibles. Vu l'ampleur des défis que pose le
développement de nouvelles technologies en énergie et compte tenu de
l'expertise collective des membres de l'Académie canadienne du génie, il
est évident que l'Académie peut jouer un rôle important dans l'évaluation
non seulement des technologies existantes mais aussi de toute nouvelle
technologie énergétique.