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La formation des ingénieurs dans les universités canadiennes

RECOMMANDATIONS


1. Que l'Académie canadienne du génie, de concert avec les autres groupements d'ingénieurs au Canada, concentre ses efforts en vue de sensibiliser le public à l'importance de la profession d'ingénieur pour le bien-être du Canada, ainsi qu'aux caractères propres au génie, en tant que secteur d'activités distinct de celui de la science ou de la technologie.

2. Que l'Académie canadienne du génie s'engage, de concert avec les facultés d'ingénierie, les universités, l'industrie, les associations professionnelles, les sociétés techniques et les gouvernements, à promouvoir activement et de façon soutenue une formation en ingénierie de contenu et de qualité appropriés.

3. Que les facultés d'ingénierie acceptent, comme objectif principal, de donner une formation qui prépare les étudiants à accéder à la profession d'ingénieur.

4. Que les facultés d'ingénierie s'assurent d'offrir, au niveau du baccalauréat, des programmes d'ingénierie étendus, visant à donner aux étudiants une formation générale et à leur inculquer les notions fondamentales nécessaires à la discipline, ainsi que celles sur lesquelles reposent les disciplines étroitement liées à cette dernière. Il faut éviter les programmes spécialisés au niveau du baccalauréat.

5. Que les cours du baccalauréat soient axés sur l'inculcation des qualités fondamentales (connaissances, notions, techniques, habiletés, habitudes et intuition) jugés durables et d'applicabilité pérenne. Vu la courte durée de vie de la plupart des informations techniques, l'inclusion d'informations spécifiques dans les cours devrait être fondée principalement sur l'apport de celles-ci à l'acquisition des qualités fondamentales sus-mentionnées.

6. Que les facultés d'ingénierie établissent et maintiennent des moyens suffisants pour obtenir sur une base continue des intrants significatifs de la part des praticiens du génie, c'est-à-dire les personnes en mesure d'exprimer les besoins du marché.

7. Que les cours permettent de traiter du contexte social et environnemental du génie, tant de ses aspects positifs que de ses répercussions négatives.

8. Que les cours permettent à l'étudiant d'entreprendre au moins un travail de conception d'envergure. Il faut choisir un travail qui mette l'accent sur une approche holistique.

9. Que la conception et la didactique de chaque programme d'ingénierie soient fondées sur les applications, dans un contexte d'intégration des notions élémentaires de mathématiques, de sciences physiques, de sciences de l'ingénieur et d'analyse et de leur utilisation en modélisation, en résolution de problèmes, en optimalisation et au moment de porter des jugements propres à l'ingénieur.

10. Qu'on assigne aux professeurs doyens de génie, c'est-à-dire ceux qui possèdent une vaste expérience pratique, la tâche d'enseigner les fondamentales du programme dans un cadre d'intégration.

11. Que les facultés d'ingénierie consacrent les ressources nécessaires à l'utilisation pédagogique d'exemples de conception utiles et de notre temps. Il faut à cet égard maintenir des interactions efficaces entre les professeurs et les ingénieurs praticiens et allouer les moyens nécessaires pour adapter les exemples au contexte des études de baccalauréat.

12. Que les exercices de conception soient structurés de façon à permettre aux étudiants de développer l'aptitude à rechercher les informations appropriées aux bibliothèques, ainsi que dans les revues scientifiques, les normes, les bases de données informatiques et les sources de nature différente.

13. Que les programmes soient structurés de façon à accorder plus de place à l'acquisition de la capacité de communiquer avec efficacité par les étudiants, au moyen de rapports écrits, d'exposés des résultats de conception à des groupes de pairs et d'instructeurs et de périodes subséquentes d'échange avec ceux-ci.

14. Que les professeurs songent à accorder plus de place à la méthode d'étude de cas dans leur enseignement des du génie.

15. Que l'Académie canadienne du génie joue un rôle prépondérant dans l'établissement d'un réseau de demande, de préparation et de diffusion d'études de cas, notamment d'origine canadienne, dans le domaine du génie, qui pourraient être utilisées dans les programmes de formation des ingénieurs.

16. Que le programme de premier cycle soit conçu pour développer les qualités de travail d'équipe et de leadership par des activités d'apprentissage réciproque.

17. Que chaque programme de baccalauréat en génie permette et exige même l'acquisition d'une expérience pratique.

18. Que l'industrie canadienne accepte d'assumer graduellement et collectivement sur une base permanente la responsabilité de fournir aux étudiants du baccalauréat en ingénierie la possibilité d'acquérir une expérience pratique adéquate.

19. Que l'industrie et les gouvernements prennent des mesures visant à inciter les étudiants en génie à acquérir de l'expérience dans diverses régions du pays et à l'étranger.

20. Que la durée (32 mois d'enseignement formel) des programmes actuels de premier cycle menant au diplôme de bachelier en génie ne soit pas modifiée.

21. Que le Bureau canadien d'accréditation des programmes d'ingénierie mette avant tout l'accent sur des critères d'accréditation fondés sur des exigences de compétence du corps professoral, de qualité de l'environnement d'apprentissage et de niveau des qualités, des aptitudes et des connaissances acquis par les étudiants du premier cycle en génie. Les exigences de conformité de composition des programmes devraient être conservées, mais revêtir une importance secondaire.

22. Que les facultés d'ingénierie canadiennes restructurent leurs études des cycles supérieurs de façon à établir des programmes de maîtrise professionnelle appropriés ou à étoffer les programmes de maîtrise professionnelle valables déjà en place.

23. Que chaque programme de maîtrise professionnelle soit conçu de façon à répondre aux besoins propres aux principaux cheminements de carrière que peuvent emprunter les diplômés du baccalauréat : la conception et la fabrication, la gestion et la recherche et le développement dans le secteur du génie. Certains programmes pourront être axés sur les besoins d'un secteur particulier de l'industrie canadienne.

24. Que la durée de chaque programme de maîtrise professionnelle soit d'environ trois étapes normales de cours ou une année civile.

25. Que chacun des programmes de maîtrise professionnelle comporte un degré similaire de difficulté intellectuelle.

26. Que les dispositions de soutien et de financement de ces programmes de maîtrise professionnelle soient telles que les étudiants trouvent opportun de s'y inscrire au moment où l'expérience constitue pour eux un atout précieux. En outre, il faudrait faciliter l'accès des étudiants à temps partiel aux programmes.

27. Qu'au moment de concevoir les programmes de maîtrise professionnelle, on mette l'accent sur la formation de diplômés en génie qui posséderont les qualités et le potentiel nécessaires pour apporter une contribution majeure à l'établissement de nouvelles entreprises, à la restructuration de procédés existants et au développement de nouveaux produits et services.

28. Que les facultés d'ingénierie élaborent et offrent des programmes de maîtrise professionnelle d'un an en gestion d'ingénierie qui soient adaptés à leurs programmes de baccalauréat révisés, en prenant soin d'interpréter l'expression "conception" dans un sens très large, de façon à inclure les cours de spécialités techniques de niveau avancé et les projets de conception, de fabrication, de production, d'exploitation et d'entretien liés aux procédés, aux dispositifs ou aux systèmes.

29. Que les ingénieurs praticiens hautement qualifiés jouent un rôle majeur à titre d'enseignants dans les programmes de maîtrise axés sur la conception.

30. Que les facultés d'ingénierie et les facultés de gestion unissent leurs efforts pour établir et donner le contenu de programmes de maîtrise professionnelle d'un an en gestion d'ingénierie.

31. Qu'on continue d'offrir des programmes de deuxième cycle axés sur la recherche et le développement, mais que ceux-ci soient conçus de façon à pouvoir être complétés à l'intérieur d'environ 3 étapes normales de cours ou une année d'études à plein temps.

32. Que les programmes de doctorat en ingénierie, tout en étant axés sur la recherche, visent un équilibre entre la contribution novatrice et significative aux connaissances dans le domaine et l'acquisition des qualités supérieures d'innovation et d'objectivité technique par l'étudiant.

33. Que les règlements permettent à l'étudiant qui a obtenu une maîtrise professionnelle de s'inscrire directement à un programme de doctorat en ingénierie.

34. Que les directeurs de recherche incitent les étudiants de doctorat en ingénierie à entretenir durant leurs études des rapports étroits avec leurs homologues dans l'industrie.

35. Que les professeurs et les étudiants des cycles supérieurs qu'ils dirigent mettent l'accent sur les projets de recherche, de développement et de conception visant à résoudre les problèmes actuels et futurs au sein de la société canadienne et à saisir les occasions que présente et présentera celle-ci.

36. Que la profession d'ingénieur au Canada envisage d'exiger une période plus formelle et plus longue (période de quatre ans, par exemple) de formation pratique des ingénieurs stagiaires avant que ceux-ci n'obtiennent le droit de pratique.

37. Que l'industrie qui emploie des ingénieurs prévoit de mettre en place des programmes de perfectionnement appropriés pour les ingénieurs stagiaires, ainsi que de nommer des tuteurs compétents. Les entreprises de petite et de moyenne taille devraient étudier la possibilité de se constituer en groupes afin de mieux être en mesure de fournir de tels programmes à leurs ingénieurs.

38. Qu'en plus de jouer un rôle actif dans une société technique appropriée, chaque ingénieur qui exerce sa profession puisse profiter d'un programme de formation continue et de mise à jour des compétences.

39. Que tous les employeurs contribuent par leur soutien, leur encouragement, l'octroi de temps libre et leur appui financier, à la participation des ingénieurs membres de leur personnel à des programmes appropriés de maintien des compétences et de la facilité d'adaptation.

40. Que les associations professionnelles d'ingénieurs, de concert avec les sociétés techniques, les universités et les organisations industrielles, instaurent un programme visant à reconnaître la participation des ingénieurs à des activités d'éducation permanente appropriées, en vue de faire tôt ou tard d'une telle participation un élément d'un processus de révision nécessaire au maintien du droit de pratique de la profession.

41. Que les administrateurs de chaque faculté d'ingénierie adoptent comme objectif d'assurer la compatibilité entre les compensations accordées à leurs professeurs et la prépondérance d'une formation utile.

42. Que les universités reconnaissent que les objectifs et responsabilités des facultés professionnelles, comme la faculté de génie, sont quelque peu différents de ceux des autres disciplines.

43. Que les universités maintiennent des critères de recrutement et de promotion des professeurs suffisamment larges pour tenir compte des besoins propres aux facultés de génie. Ces critères devraient reconnaître de façon appropriée la compétence en enseignement, les activités de recherche et de conception, l'expérience et les réalisations professionnelles, les services à la

collectivité, ainsi que les contributions à la planification, à la gestion et à l'administration du processus éducatif.

44. Que le Comité national des doyens en génie et en sciences appliquées (CNDGSA) élabore un ensemble approprié de lignes directrices qui permettraient d'établir les critères de recrutement, de promotion et de titularisation des professeurs de génie.

45. Qu'en matière d'application des critères de promotion des professeurs de génie, les universités accordent un poids significatif aux intrants des personnes, comme les ingénieurs praticiens, les récents diplômés en génie et les ingénieurs à mi-carrière, ainsi que les collègues professeurs chevronnés possédant une expérience appropriée en génie, qui connaissent bien les diplômés et la profession et les besoins connexes.

46. Que les administrateurs des facultés d'ingénierie donnent aux jeunes professeurs l'occasion et l'encouragement nécessaires pour élaborer des programmes de recherche appropriés et pour établir des rapports valables avec l'industrie.

47. Que l'octroi des fonds de recherche aux professeurs canadiens de génie soit fondé dans une large mesure sur la contribution potentielle de leurs travaux à la résolution des problèmes d'importance nationale.

48. Que les organismes comme le CRSNG et le CNRC, ainsi que les ministères, établissent, développent et accentuent les programmes de soutien des projets de recherche et de développement conjoints industrie-universités.

49. Qu'au moment d'évaluer les demandes de subventions pour les projets de recherche et de développement conjoints université-entreprise, les organismes subventionnaires accordent une plus grande importance à l'engagement de l'entreprise à contribuer du temps et des fonds en rapport avec les ressources dont elle dispose.

50. Que les organismes de financement de la recherche reconnaissent que le résultat le plus important de la plupart des projets de recherche universitaire est l'élite qui est formée.

51. Que les facultés d'ingénierie veillent à maintenir des systèmes de compensations qui accordent autant d'importance à la qualité de l'enseignement qu'à celle de la recherche.

52. Que, sachant fort bien que l'enseignement d'un cours d'introduction aux étudiants en génie exige des connaissances étendues, des compétences appropriées et une vaste expérience, les facultés d'ingénierie fasse de l'affectation de cette tâche à un professeur un témoignage de couronnement de carrière.

53. Que les facultés d'ingénierie élaborent et mettent en place graduellement une politique de recrutement de la majorité de leurs professeurs chez les personnes qui ont acquis quelques années d'expérience pratique en ingénierie.

54. Que les organismes subventionnaires accroissent leurs programmes de bourses post-doctorales dans l'industrie.

55. Que les facultés d'ingénierie incitent et aident de façon tangible leurs professeurs à aller dans l'industrie pour leurs congés sabbatiques de recherche et de formation.

56. Que l'industrie prennent les dispositions nécessaires pour employer les professeurs de génie durant leurs congés de recherche et de formation.

57. Que les facultés d'ingénierie incitent leurs professeurs à conclure des ententes de consultation appropriées avec l'industrie et les autres usagers de services de génie.

58. Que les universités veillent à ce que le rapport professeurs/étudiants dans les facultés d'ingénierie soit suffisamment élevé pour permettre aux professeurs de consacrer le temps et les efforts nécessaires pour fournir une formation professionnelle adéquate.

59. Qu'étant donné que les activités des ingénieurs sont en majeure partie productrices de richesses, le gouvernement fédéral et les gouvernement provinciaux adoptent une politique officielle en enseignement qui, en allouant de façon sélective les ressources appropriées à l'enseignement et à la recherche en génie, mette la priorité sur l'arrivée d'un nombre adéquat de nouveaux diplômés compétents dans la profession;

60. Que les gouvernements provincaux permettent aux universités d'établir les barèmes de frais de scolarité pour les programmes de baccalauréat, dont celui en génie, avec comme condition que ces fonds retournent aux facultés appropriées. Il faudrait instaurer des programmes de prêts à l'intention des étudiants qui sont aptes à s'inscrire à ces programmes mais qui n'ont pas les ressources financières nécessaires.

61. Que le CRSNG reconnaisse que la conception, le développement et la gestion en génie sont des parties intégrantes de la recherche en ingénierie. Le CRSNG devrait également continuer d'accorder une aide financière aux étudiants qui s'inscrivent à un programme de maîtrise professionnelle en génie.


La formation des ingénieurs dans les universités canadiennes - 14 JAN 97
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